UNFPA

Back to home

Women’s exposure to all kinds of violence increases in wartime, including violence from their partners. L'exposition des femmes à toutes sortes de violences, y inclus celles de leur partenaire, s'accroît en temps de guerre.
© UNFPA

Depuis la fin de la guerre froide, la plupart des conflits armés ont été des conflits intérieurs et non inter-États. De 1998 à 2007, on a recensé 34 grands conflits armés, tous intérieurs sauf trois, et un nombre total quatre fois plus grand de conflits armés de toutes dimensions (1). Ces conflits ont fait considérablement plus de victimes civiles que militaires (2), nombre d'entre elles étant des femmes et des petites filles.

Les conflits armés menacent les droits des femmes, notamment en matière de procréation, et leur santé et ils peuvent aggraver les inégalités entre les sexes d'origine culturelle. Les femmes jouent également différents rôles en temps de guerre, certaines participant aux combats et beaucoup assumant diverses fonctions pour remplacer les hommes dans la vie économique et politique. Les approches sensibles à la culture peuvent aider les praticiens du développement à atténuer certains des effets néfastes des conflits, à minimiser la détérioration des relations de genre et à œuvrer avec les communautés locales et les parties prenantes concernées pour protéger les progrès accomplis, quels qu'ils soient, dans le domaine de l'égalité des sexes et notamment concernant les droits et la santé reproductive des femmes. Ces approches peuvent également contribuer à donner aux femmes un rôle important dans les processus de négociation et à les intégrer dans les efforts de réhabilitation et de reconstruction après les conflits.

Cultures, relations de genre et conflits armés
Un grand nombre des recherches effectuées sur les relations entre les cultures et le genre dans les situations de conflit remettent en question les idées reçues sur les rôles masculins et féminins. Beaucoup de cultures considèrent les femmes en tant que mères et gardiennes de la culture, traditionnellement passives et ayant besoin de la protection masculine. Les hommes et les garçons, perçus comme intrinsèquement agressifs, sont généralement envoyés au combat, bien que dans certaines sociétés les femmes aient également un rôle de combattantes ainsi que des fonctions civiles.

Les hommes sont normalement les cibles primaires de la guerre et c'est généralement parmi eux qu'il y a le plus de victimes, mais la violence sexuelle fait aussi partie des tactiques guerrières. Les femmes sont perçues comme étant les protectrices des enfants, de l'avenir, et les porteuses du patrimoine culturel et du passé de la nation ou de la communauté. Cela fait d'elles des cibles. « Le viol des femmes dans les situations de conflit est conçu non seulement comme un acte de violence envers les femmes mais aussi comme un acte d'agression contre une nation ou une communauté. (4)

Les communautés peuvent compatir dans une certaine mesure avec les femmes victimes d'actes de violence, mais elles peuvent aussi les considérer comme souillées et dévalorisées. Les membres masculins de la famille, honteux d'avoir failli à leur obligation de protéger "leurs femmes", peuvent leur faire subir d'autres violences. Étant donné que beaucoup de cultures considèrent la violence sexospécifique comme une question privée, voire comme un fait normal, elles ne font rien pour s'y opposer.

On se rend compte de plus en plus dans le domaine du développement que les normes culturelles établies de longue date concernant l'identité et le rôle des femmes dans la société sont des obstacles considérables qui s'opposent chez les femmes au plein exercice de leurs droits. Les restrictions sociales résultant de ces normes sont souvent renforcées durant les conflits armés.(3)

En conséquence, les femmes parlent rarement de la violence sexuelle à leur encontre, même si les faits ont eu lieu en public. C'est ainsi, par exemple, qu'au Kosovo, en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, les femmes refusaient de déclarer les violences sexuelles qu'elles avaient su¬bies pendant la guerre, par crainte de l'opprobre social qui en résul¬terait dans leur communauté (5).

Les hommes sont eux aussi victimes de viols. Le viol masculin peut être une source de honte encore plus grande que le viol féminin et "l'attaque contre le sentiment de masculinité des hommes devient un moyen essentiel par lequel des hommes exercent leur pouvoir sur d'autres hommes (6)". Rares sont les hommes qui admettent qu'ils ont été violés.

La militarisation peut influer sur la culture en intensifiant les perceptions et les conceptions erronées relatives aux rôles dévolus aux deux sexes. Elle appelle à des manifestations de masculinité agressive, qui peuvent comporter une composante misogyne:

Le langage des armées reflète souvent cette conception de la masculinité, les insultes les plus fréquentes étant celles qui suggèrent qu'un soldat est homosexuel ou féminin. La misogynie militaire est mêlée d'homophobie et de racisme, et les femmes ainsi que les membres des minorités qui embrassent les carrières militaires sont fréquemment en butte à des actes de harcèlement sexuel et racial.(7)

Les conflits armés ont d'autres répercussions sur les relations de genre. Les déplacements forcés dissocient les familles. Les femmes, qui doivent assumer la responsabilité du ménage avec un accès réduit aux ressources, voient leur charge de travail s'accroître. Le rôle directeur qui devient le leur au sein de la famille induit des changements dans les rôles sexospécifiques. Cela pourrait déboucher sur des changements culturels, mais les hommes peuvent aussi réagir violemment à l'encontre des femmes (8).

Dans ces conditions précaires et devant la rareté des ressources, les femmes et les filles peuvent essayer de se procurer des revenus ou même un peu de nourriture par des activités sexuelles commerciales, notamment avec les hommes des forces d'occupation. Les familles peuvent réprouver cette pratique et les hommes peuvent y réagir par des violences, ce qui aboutit souvent à de graves perturbations de la cellule familiale. Avec le changement des pratiques sexuelles, le VIH et le sida se répandent dans les zones de conflit, apportant avec eux un opprobre supplémentaire et ne pouvant pas faire l'objet de débats ouverts.

La violence sexuelle était un sous-produit de l'effondrement de l'ordre social au Kenya résultant des conflits au lendemain des élections, mais c'était également un instrument utilisé pour terroriser les particuliers et les familles et pour les forcer à fuir. Des rapports anecdotiques provenant de toutes les régions, en particulier de Mombasa, de Nairobi et de certaines parties du Rift Nord, font état de menaces de violences sexuelles en tant que tactique visant à inspirer la frayeur: des femmes se sont fait dire de quitter leur domicile, faute de quoi elles et leurs enfants seraient violés. Des femmes ont également été menacées ensuite dans les abris provisoires où elles s'étaient réfugiées; à Timboroa, par exemple, il a été intimé à des femmes de quitter les lieux si elles ne voulaient pas être violées(10)

La question des relations de genre dans les conflits armés: la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies
La résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée en octobre 2000 (9), est le résultat d'un plaidoyer vigoureux de la part d'un grand nombre d'organisations consacrées à la cause des femmes et de la paix. Bien que la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes ait reconnu que les droits fondamentaux de la femme sont une question relevant de la sécurité internationale, il existait toujours des résistances sur ce point. La résolution 1325 du Conseil de sécurité, avec la Déclaration de Windhoek de 2000 (11), rappelle la pertinence des questions de genre pour la paix et la sécurité internationales. La résolution du Conseil de sécurité est claire dans sa dénonciation des atteintes aux droits fondamentaux. Elle prend fermement position sur l'importance de l'inclusion des femmes et de leur participation aux négociations de paix et à la consolidation de la paix, en dépit des pratiques culturelles existantes. Elle reconnaît également que ses dispositions ne peuvent être appliquées que par un engagement culturel, ce qui exige l'adoption de "mesures venant appuyer les initiatives de paix prises par des groupes locaux de femmes et les processus locaux de règlement des différends, et faisant participer les femmes à tous les mécanismes de mise en œuvre des accords de paix".

{26} Apres les attaques, le fardeau des survivantes
DARFOUR (Soudan) — Depuis 2003, date du début des conflits au Darfour, dans l'ouest du Soudan, plus de 200 000personnes ont été tuées et plus de deux millions ont été déplacées. Au total aujourd'hui, elles sont environ quatre millions qui ont besoin d'aide humanitaire et de protection. La violence contre les civils, en grande partie les femmes, est caractéristique de ces conflits. Des milliers de femmes ont été violées.

Des villages ont été incendiés, rasés, détruits, et leurs habitants forcés de fuir, n'emportant souvent avec eux que les vêtements qu'ils avaient sur le dos. Leurs villages disparus, d'innombrables familles vivent depuis des années dans l'exode, dans des établissements informels ou dans des camps de réfugiés établis dans tout le Darfour. De nombreuses femmes sont devenues les principales dispensatrices de soins pour les autres survivantes et survivants, leurs responsabilités étant d'autant plus lourdes qu'elles n'ont plus de mari ni de moyens d'existence et qu'elles doivent répondre aux besoins les plus élémentaires de leur famille, au niveau de la survie.
Source: UNFPA. 2007. "Dispatches from Darfur: Caring for the Ones who Care for Others." New York : UNFPA. http://www.unfpa.org/news/news.cfm?ID=1026, consulté en avril 2008.

Les progrès réalisés en rapport avec la résolution 1325 font l'objet d'un certain nombre de préoccupations. En premier lieu, bien qu'elle soit marquante historiquement, il y a des questions sur la mesure dans laquelle elle intègre la problématique hommes-femmes et offre des orientations sur une approche genrée, étant au contraire axée principalement sur les femmes (12). En second lieu, l'examen des progrès accomplis indique que sa mise en œuvre exige que certains obstacles culturels soient surmontés au sein des organisations de développement et que leur personnel bénéficie d'un renforcement de ses connaissances techniques (13). Elle exige aussi un accord, aux plus hauts niveaux, convenant du fait que « la question des femmes, de la paix et de la sécurité est cohérente avec l'objet fondamental des institutions de sécurité" (14). En troisième lieu, en l'absence d'une approche genrée sensible à la culture, les « interventions de paix » peuvent ne pas reconnaître ni appuyer les changements culturels susceptibles d'aboutir à des relations de genre plus équitables et, par inadvertance, appuyer les structures et les relations que la résolution vise précisément à remettre en question. Les analystes ont émis les remarques suivantes:

1. Les déséquilibres des rapports de puissance entre les deux sexes sont profondément ancrés dans les institutions publiques et privées, y inclus dans les organisations de développement gouvernementales et non gouvernementales qui interviennent pour mettre fin aux conflits armés et pour établir la paix.(15)

2. Les interventions humanitaires évaluent de manière impartiales les besoins et les intérêts des victimes, mais elles risquent d'être aveugles aux différences entre les sexes dans leur exécution. Les groupes humanitaires font souvent preuve d'insensibilité aux questions de genre dans leurs interventions.(16)

3. Bien que les interventions à long terme visant à l'intégration sociale et économique des femmes puissent améliorer considérablement les relations de genre, l'aide au développement à long terme a diminué alors que le financement des urgences humanitaires complexes augmentait en proportion. … Il y a encore moins de fonds aujourd'hui pour l'aide au développement à long terme et lorsqu'ils sont disponibles, l'égalité des sexes est placée à un niveau de priorité nettement inférieur.(17)

4. Les organismes d'aide humanitaire et les États s'abstiennent souvent de mettre en question la violence sexospécifique.(18)

5. Les programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion doivent formuler des approches genrées plus sensibles à la culture.

On assume généralement que les femmes ne possèdent pas l'expertise requise pour opérer dans le domaine des affaires publiques et elles sont donc exclus des processus d'établissement de la paix. Leur sous-représentation s'étend aux institutions de maintien de la paix et de consolidation de la paix.

{27} Contestation culturelle au sein des communautés confessionnelles
27 CONTESTATION CULTURELLE AU SEIN DES COMMUNAUTÉS CONFESSIONNELLES Extrait de Displaced and Desperate: Assessment of Reproductive Health for Colombia's Internally Displaced Persons. Marie Stopes International, février 2003. Deux millions de Colombiens ont fui les conflits armés et la persécution; beaucoup ont été déracinés et déplacés de multiples fois au cours des 15 dernières années. Tandis que l'escalade de la guerre se poursuit, on assiste à des déplacements massifs de population, bien que la majorité fuient en tant que particuliers et familles et se refusent à admettre qu'ils sont déplacés par crainte de représailles. Beaucoup de personnes déplacées appartiennent à des groupes autochtones déracinés des zones rurales, puis forcés ensuite de fuir d'un barrio urbain à l'autre en quête de sécurité et de survie. … Les personnes déplacées, en particulier les femmes, les filles et les adolescentes, connaissent des problèmes de santé reproductive gravissimes en Colombie. La violence sexospécifique, y inclus le viol suivi de meurtre, la servitude sexuelle, la contraception et les avortements forcés, est perpétrée par des gens armés, largement répandue et essentiellement ignorée. Outre cette violence, la situation est désespérée pour certaines familles; l'équipe a eu connaissance de cas de filles et de garçons exploités sexuellement par leurs parents ou se prostituant pour répondre aux besoins de survie de la famille. Des femmes déplacées ont également déclaré aux évaluateurs que la violence intrafamiliale est un problème majeur, aggravé par les difficultés de l'existence résultant du déplacement. On ne connaît pas la prévalence des infections sexuellement transmises (IST) chez les personnes déplacées, mais des rapports anecdotiques de source officielle et de représentants de l'UNFPA donnent à penser qu'elle est très élevée. Dans certaines communautés autochtones, les agents de santé, incapables d'atteindre les hommes pour leur administrer un traitement approprié, ont hospitalisé des femmes enceintes pour éviter les réinfections et pour prévenir l'infection mère-enfant. Cette population mobile qui vit au milieu d'acteurs armés et pour la plupart sans accès aux soins médicaux, est exposée à des risques d'explosion des IST, notamment du VIH. La situation des adolescents et adolescentes déplacés est des plus difficiles et l'on fait très peu pour reconnaître leurs besoins et leurs capacités spécifiques. Incapables de faire face ou cédant aux narcotrafiquants qui infiltrent les barrios urbains, nombreux sont les garçons qui se tournent vers la drogue, l'alcool et le vol. Certaines adolescentes cherchent à se consoler et à se réconforter par la maternité tandis d'autres préféreraient éviter ou retarder la grossesse, ce qui indique l'existence d'un besoin, actuellement non satisfait, de planification familiale. Une étude récente effectuée par Profamilia indique que 30 % des adolescentes déplacées sont déjà mères ou attendent leur premier enfant, soit un pourcentage deux fois plus élevé que pour l'ensemble de la population colombienne en 2000.

Source: http://www.womenscommission.org/pdf/co_rh.pdf, consulté en mars 2008.

Approches sensibles à la culture, relations de genre et conflits armés
Les approches sensibles à la culture sont particulièrement importantes dans le contexte des conflits armés. Elles le sont notamment pour répondre aux lacunes des politiques signalées dans la résolution 1325 du Conseil de sécurité, ainsi qu'aux préoccupations exprimées concernant les progrès de l'application de la

Les approches sensibles a la culture sont indispensables pour comprendre l'experience masculine et feminine des conflits armes.
Il est amplement démontré que les constructions sociales de la masculinité peuvent aggraver les relations de genre en temps de guerre. Certains analystes, par exemple, considèrent que la violence envers les femmes dans le nord de l'Ouganda a été dans certains cas le résultat de sentiments d'émasculation et de frustration; dans ces cas, les expériences masculines ne répondaient pas aux attentes culturelles liées à la masculinité, qui exigent des hommes qu'ils répondent aux besoins matériels de leur épouse et de leurs enfants et qu'ils assurent leur protection physique. La guerre vient empirer les situations structurelles déjà médiocres. Incapables de s'acquitter du rôle attendu d'eux, les hommes s'en prennent par frustration à celles-là même envers lesquelles ils ont failli: "On assume généralement que les femmes sont différentes des hommes, qu'elles sont plus faibles, incapables et constituant un fardeau à porter, position légitimée par le récit biblique de la Genèse selon lequel l'homme a été créé le premier et la femme tirée d'une de ses côtes, et par le dicton qui fait des femmes les vaisseaux les plus faibles …" (19)

{28} LA RÉSOLUTION 1325 DU CONSEIL DE SÉCURITÉ (2000):
Constatant avec préoccupation que la grande majorité de ceux qui subissent les effets préjudiciables des conflits armés, y compris les réfugiés et les déplacés, sont des civils, en particulier des femmes et des enfants, et que les combattants et les éléments armés les prennent de plus en plus souvent pour cible, et conscient des conséquences qui en découlent pour l'instauration d'une paix durable et pour la réconciliation,
Réaffirmant le rôle important que les femmes jouent dans la prévention et le règlement des conflits et dans la consolidation de la paix et soulignant qu'il importe qu'elles participent sur un pied d'égalité à tous les efforts visant à maintenir et à promouvoir la paix et la sécurité et qu'elles y soient pleinement associées, et qu'il convient de les faire participer davantage aux décisions prises en vue de la prévention et du règlement des différends,
Réaffirmant aussi la nécessité de respecter scrupuleusement les dispositions du droit international humanitaire et des instruments relatifs aux droits de l'homme qui protègent les droits des femmes et des petites filles pendant et après les conflits,
Soulignant
que toutes les parties doivent veiller à ce que les programmes de déminage et de sensibilisation au danger des mines tiennent compte des besoins particuliers des femmes et des petites filles,
Considérant the urgent need to mainstream a gender perspective into peacekeeping operations, and in this regard noting the Windhoek Declaration and the Namibia Plan of Action on Mainstreaming a Gender Perspective in Multidimensional Peace Support Operations (S/2000/693),
Mesurant l'importance de la recommandation contenue dans la déclaration que son Président a faite à la presse le 8 mars 2000, tendant à ce que tout le personnel des opérations de maintien de la paix reçoive une formation spécialisée au sujet de la protection, des besoins particuliers et des droits fondamentaux des femmes et des enfants dans les situations de conflit,
Considérant
que, si les effets des conflits armés sur les femmes et les petites filles étaient mieux compris, s'il existait des arrangements institutionnels efficaces pour garantir leur protection et si les femmes participaient pleinement au processus de paix, le maintien et la promotion de la paix et de la sécurité internationales seraient facilités,

[… demande aux États Membres] « de faire en sorte que les femmes soient davantage représentées à tous les niveaux de prise de décisions dans les institutions et mécanismes nationaux, régionaux et internationaux pour la prévention, la gestion et le règlement des différends; Engage le Secrétaire général à [… demander] une participation accrue des femmes à la prise des décisions [et au niveau opérationnel] concernant le règlement des conflits et les processus de paix; Se déclare prêt à incorporer une démarche soucieuse d'équité entre les sexes dans les opérations de maintien de la paix, et prie instamment le Secrétaire général de veiller à ce que les opérations sur le terrain comprennent, le cas échéant, une composante femmes [en veillant aussi à ce qu'une formation soit dispensée]. »

[Le Conseil de sécurité] « Demande à tous les intéressés, lors de la négociation et de la mise en œuvre d'accords de paix, d'adopter une démarche soucieuse d'équité entre les sexes, en particulier : a) de tenir compte des besoins particuliers des femmes et des petites filles lors du rapatriement et de la réinstallation et en vue du relèvement, de la réinsertion et de la reconstruction après les conflits; b) d'adopter des mesures venant appuyer les initiatives de paix prises par des groupes locaux de femmes et les processus locaux de règlement des différends, et faisant participer les femmes à tous les mécanismes de mise en œuvre des accords de paix; c) d'adopter des mesures garantissant la protection et le respect des droits fondamentaux des femmes et des petites filles, en particulier dans les domaines de la constitution, du système électoral, de la police et du système judiciaire;

Demande à toutes les parties à un conflit armé de respecter pleinement le droit international applicable aux droits et à la protection des femmes et petites filles, en particulier en tant que personnes civiles, … [et] de prendre des mesures particulières pour protéger les femmes et les petites filles contre les actes de violence sexiste, en particulier le viol et les autres formes de sévices sexuels, ainsi que contre toutes les autres formes de violence dans les situations de conflit armé;

Souligne que tous les États ont l'obligation de mettre fin à l'impunité et de poursuivre en justice ceux qui sont accusés de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, y compris toutes les formes de violence sexiste et autre contre les femmes et les petites filles, et à cet égard fait valoir qu'il est nécessaire d'exclure si possible ces crimes du bénéfice des mesures d'amnistie; [en outre, il] Demande à toutes les parties à un conflit armé de respecter le caractère civil et humanitaire des camps et installations de réfugiés et de tenir compte des besoins particuliers des femmes et des petites filles, y compris lors de la construction de ces camps et installations, et rappelle ses résolutions 1208 (1998) du 19 novembre 1998 et 1296 (2000) du 19 avril 2000; Engage tous ceux qui participent à la planification des opérations de désarmement, de démobilisation et de réinsertion à prendre en considération les besoins différents des femmes et des hommes ex-combattants et à tenir compte des besoins des personnes à leur charge; ... »

De même, des groupes de réflexion parmi les femmes des camps de réfugiés du Kenya ont révélé que la violence intrafamiliale s'était intensifiée durant les conflits, du fait que les hommes, frustrés par le chômage, l'entassement des gens dans les camps, leur incapacité de répondre aux besoins de leur famille, le manque de désir sexuel des femmes et autres problèmes, punissaient les femmes et les enfants de leur propre malaise. (20)

{29} RECONSTRUCTION ET TRANSFORMATION
Un programme particulièrement efficace a été élaboré en Amérique centrale pour aider quelque 45 000 Guatémaltèques (estimation) qui ont fui la guerre civile dans les années 1980 et se sont réfugiés au Mexique. Lorsque les femmes ont exigé d'avoir voix au chapitre dans les négociations concernant leur retour au pays, le HCR a financé des projets pour renforcer les droits des femmes, lutter contre leur analphabétisme, améliorer les services de santé et développer leurs aptitudes au leadership. Les femmes ont participé directement aux négociations relatives au rapatriement et ont obtenu, entre autres concessions, la reconnaissance pour la première fois du principe de l'égalité de la propriété privée ainsi que communautaire. Bien qu'il ait fallu pour cela une décennie d'efforts, ce principe est aujourd'hui inscrit dans la jurisprudence guatémaltèque et toute la population en bénéficie.
Source: http://www.unhcr.org/publ/PUBL/3e2d4d5511.pdf, consulté en août 2008.


Profemme Twese Hamwe est un collectif de femmes formé au Rwanda en 1993. Par le biais de son programme de paix et de réconciliation, il a apporté une contribution substantielle à la reconstruction de la société rwandaise, après le génocide de 1994. L'un des grands objectifs de l'organisation est de faciliter « la transformation structurale de la société rwandaise en assurant l'instauration de conditions politiques, matérielles, économiques et morales favorables à la réhabilitation de la justice sociale et de l'égalité des chances, pour bâtir une paix réelle et durable ». En outre, Profemme Twese Hamwe aide à renforcer les capacités des femmes par la communication, l'information et l'éducation.
Source: www.profemme.org.rw, consulté en août 2008.


Depuis l'invasion de l'Iraq en 2003, les femmes ont effectué des apports significatifs en matière de reconstruction et de maintien de la stabilité sociale. Il s'est formé un nombre considérable d'associations féminines variées visant à répondre aux besoins pratiques et à assurer l'éducation, la formation et la génération de revenus.
Source: Al-Ali, N. 2007. « Iraqi Women: Four Years After the Invasion. » Silver City, Nouveau-Mexique, et Washington, D.C.: Foreign Policy In Focus. http://fpif.org/fpiftxt/4055, consulté en août 2008.


Bien que les femmes soient souvent représentées comme vulnérables et victimisées, les femmes éthiopiennes ont un long passé de participation à la résistance aux envahisseurs, de maintien de la cohésion sociale en période de conflit armé et de contribution à la consolidation de la paix et à la réhabilitation en phase de post-conflit.
Source: Mulugeta Tefera, E. 2005. « The Invincible Invisibles: Ethiopian Women in Conflict and Peacemaking. » Addis-Abeba: University for Peace.

Ces faits démontrent la nécessité, d'une part, d'assurer des moyens d'existence, en sus de stratégies qui exposent, mettent en question et modifient les perceptions, les normes et les pratiques culturelles qui sous-tendent les inégalités entre les sexes et la violence sexospécifique, et, d'autre part, d' autres initiatives psychosociales portant sur les images que les hommes et les femmes se font d'eux-mêmes et de leurs rôles.

Les approches sensibles à la culture reconnaissent que les hommes et les femmes exercent le pouvoir de manière variées et inattendues et que ces variations sont importantes pour comprendre comment la culture, en tant que compréhensions ou systèmes de signification partagés, évolue et change, quels sont les types de politiques sensibles à la culture nécessaires pour promouvoir les droits de la personne et quels sont les espaces de changement qui existent ou qui émergent. Par exemple, la perception commune des femmes en tant que victimes et des hommes en tant qu'agresseurs ne coïncide pas toujours avec la réalité pendant les guerres.(22)

Selon les femmes de Mombasa, « quand le désir sexuel diminue, la violence physique augmente ». D'autres femmes ont convenu que dans les camps, un père est « l'égal d'un enfant » et que « lorsqu'un mari ne travaille pas, il fait partie des enfants », dont les femmes sont chargées. Dans au moins trois camps, il avait déjà été fait état d'incidents de violence intrafamiliale ayant exigé l'intervention de la police.(21)

Il est bien établi aujourd'hui que les femmes, comme au Libéria, peuvent prendre part aux combats et que tous les hommes ne sont pas des agresseurs. Les femmes ont pris part aux luttes d'indépendance, par exemple, mais cela ne s'est pas traduit automatiquement par des chances égales et un accès égal aux postes de décision une fois le conflit terminé. La reconnaissance de ces variations est importante pour contrer les représentations populaires des rôles des hommes et des femmes en temps de conflit armé et après le conflit, ainsi que l'attribution arbitraire de capacités aux membres des deux sexes. Il en découle d'importantes implications pour les politiques.

Les suppositions relatives à la vulnérabilité servent souvent à justifier des évaluations des besoins orientées du sommet vers la base qui peuvent "cacher à l'administrateur de l'aide la résistance et l'ingéniosité » des gens touchés par les conflits armés et « limiter les options en matière de moyens d'existence et de reconstruction options". (24)

{30} RECONNAISSANCE DES GRAVES VIOLATIONS DES DROITS DE LA PETITE FILLE DANS LES CONFLITS ARMÉS ET REMÈDES
Pendant les conflits armés, les petites filles sont soumises à des formes généralisées et parfois systématiques de violations des droits de la personne qui ont des répercussions mentales, émotionnelles, spirituelles, physiques et matérielles. Ces violations comprennent les détentions illégales avec ou sans membres de leur famille, les enlèvements et l'arrachement à leur famille, les disparitions, les tortures et autres traitements inhumains, les amputations et les mutilations, le recrutement forcé dans les forces et groupes combattants, l'esclavage, l'exploitation sexuelle, l'exposition accrue au VIH et au sida, et une large gamme de violations physiques et sexuelles, notamment le viol, la grossesse forcée, la prostitution forcée et le mariage forcé. Il est d'une nécessité urgente d'assurer une meilleure documentation, un meilleur suivi et de meilleurs rapports sur les souffrances extrêmes que les conflits armés infligent aux filles, ainsi que sur les multiples rôles que celles-ci jouent pendant les conflits et au lendemain des conflits. Ces informations et les mécanismes de riposte idoines sont nécessaires aux fins d'élaborer de nouvelles politiques et programmes et de renforcer les politiques et programmes existants pour prévenir ces graves atteintes aux droits et pour y remédier.
Source: Document rédigé par Mazurana, D. et K. Carlson pour la réunion du groupe d'experts de la Division pour la promotion de la femme des Nations Unies et de l'UNICEF sur l'élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l'égard des filles, Florence : 25-28 septembre 2008.

Inversement, une bonne connaissance de l'identité des gens, de leurs efforts pour juguler les conflits armés, de leurs façons de fournir des services et des changements intervenus du fait du conflit est indispensable pour repérer et appuyer les initiatives locales et les processus autochtones.

Impact, Analyse, Riposte
L'expérience des gens durant les conflits armés dépend de facteurs tels que l'appartenance ethnique, la race, le sexe, la classe sociale, l'âge, la religion et la culture. Les approches sensibles à la culture sont importantes pour comprendre le jeu de ces « intersectionnalités », analyser l'impact des conflits armés sur différentes catégories de gens et formuler des politiques idoines axées sur les besoins spécifiques.

"Dans toutes les guerres et les catastrophes, ce sont les personnes handicapées qui périssent les premières, ce sont elles les premières à être frappées par les maladies et les infections, et ce sont elles les dernières à obtenir les ressources et les médicaments lors des distributions. Elles sont traitées comme les dernières des dernières."(24)

A. Identification des besoins speciaux
La discrimination à base culturelle envers les femmes, les filles, les membres des minorités et les personnes handicapées peut s'intensifier en temps de guerre et les violations les plus graves peuvent être commises sans opposition. En République démocratique du Congo, les hommes ciblaient les femmes batwa pour avoir des rapports sexuels avec elles, croyant que cela les guérirait du VIH, les protègeraient de la mort par balles et préviendrait chez eux toute fracture de la colonne vertébrale. Certaines de ces femmes ont été capturées et réduites à l'esclavage sexuel, tandis que certaines autres ont péri victimes de rites cannibales (25). Aux Philippines, dans l'île de Basilian, la violence envers les femmes s'est accrue pendant les conflits de 2000 à 2003. Les femmes violées étaient considérées dans les communautés comme souillées et elles étaient forcées d'épouser les soldats qui les avaient violées (26).

Les personnes handicapées, en particulier les femmes et les filles, peuvent subir des formes de violations de leurs droits fondamentaux considérablement plus graves en temps de guerre. Plus de 80 % des 600 millions (estimation) de per¬sonnes handicapées vivent dans des pays en développement et elles ont été déplacées en grand nombre par les conflits armés. La connaissance et la prise en compte de leur culture permet d'identifier leurs expériences et de concevoir. (27)

B. Fourniture des services d'urgence
Il est indispensable de connaître la culture pour fournir des services d'urgences dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive aux réfugiés ainsi qu'aux autres groupes de population durant les guerres. Cette connaissance permet aux organismes extérieurs d'aider les fournisseurs à identifier les besoins, les voies d'acheminement vraisemblablement les plus efficaces et les partenariats essentiels.

Étant donné qu'elles ont trait à un domaine de la vie privée particulièrement intime, les interventions relatives à la santé reproductive doivent être exécutées très soigneusement et avec une grande sensibilité à la culture. Les programmes doivent être particulièrement sensibles aux valeurs religieuses et éthiques et au bagage culturel de la population réfugiée. La fourniture de soins complets en matière de procréation exige aussi souvent une coordination attentive entre plusieurs organismes.(31)

Les besoins spécifiques des femmes en matière de santé, notamment pour tous les aspects de la santé sexuelle et reproductive, sont plus difficiles à satisfaire en temps de guerre. L'insuffisance des services obstétricaux et des moyens de contraception ou de protection contre les infections sexuellement transmises, ou leur absence totale, peuvent menacer la santé et la survie des femmes. Le stress, les insuffisances de l'alimentation et le manque d'hygiène compromettent la grossesse et l'accouchement.

Par ailleurs, le risque de violence et d'exploitation sexuelles augmente. Il est crucial de fournir des services d'urgence immédiats et efficaces, notamment des soins obstétricaux de base, et de veiller à l'approvisionnement en fournitures. La coopération avec les personnes et les groupes situés au cœur du conflit est importante pour le succès des interventions. Les organismes des lignes de front doivent connaître les besoins spécifiques des femmes en matière de soins de santé reproductive et les rechercher délibérément en tant que partenaires pour la fourniture des services. Les fournisseurs de soins de santé doivent avoir été sensibilisés et formés pour assurer les meilleurs soins périnatals possibles, la disponibilité de condoms et autres moyens contraceptifs, les tests de dépistage du VIH avec conseils d'accompagnement volontaires mettant l'accent sur la prévention de l'infection, les mesures de prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant, et des soins postpartum conçus pour réduire substantiellement le nombre de décès maternels.

En sus de l'apport de fournitures et le soutien d'établissements de santé, les programmes appuyés par l'UNFPA mettent l'accent sur l'autonomie fonctionnelle, en particulier sur l'information permettant aux femmes et aux filles de se protéger des infections sexuellement transmises, par le VIH notamment, et sur l'information et les appuis spécialisés pour les adolescents. Le Fonds conclut également une large gamme d'alliances avec les autorités gouvernementales, les organismes humanitaires et les organisations locales pour fournir des services, y inclus des conseils psychologiques, aux survivantes de violences sexuelles. (28)

C. Formation de Partenariats Efficaces
Les approches sensibles à la culture sont essentielles pour forger des partenariats efficaces, tout particulièrement en temps de guerre. Catholic Relief Services (CRS), par exemple, appuie des dialogues interconfessionnels pour promouvoir la consolidation de la paix. Aux Philippines, dans la région de Mindanao, l'organisation a facilité l'établissement de contacts entre dirigeants chrétiens et musulmans.

Au Pakistan, le CRS a recours aux enseignements de l'islamisme et de la chrétienté pour encourager le pardon, la consolidation de la paix et la réconciliation. Il a également appuyé dans ce pays une marche interconfessionnelle du Millénaire pour la paix et, au Cameroun, apporte son concours à des programmes d'éducation civique, de résolution des conflits et de consolidation de la paix (29). De même, les Islamic Relief Services coopèrent avec la Catholic Agency for Overseas Development (CAFOD) pour venir en aide aux enfants de Gaza traumatisés par la violence.(30)

La liberté d'exprimer son identité culturelle peut constituer un moyen puissant de maintenir la santé mentale et physique d'une communauté. La liberté d' expression est aussi un droit et, à présent que l'aide se fonde davantage sur les droits que sur les besoins, comme le reflète notre langage, le respect des formes habilitantes de l'expression culturelle doit informer notre pensée et notre planification.(32)

Pour tous les groupes de population, les femmes qui restent dans leurs communautés déchirées par la guerre, celles qui y reviennent après avoir été déplacées et celles qui sont forcées de fuir, les programmes psychosociaux les plus efficaces sont ceux qui sont mis en œuvre sur le plan intraculturel ou interculturel pour fournir des services qui rétablissent et renforcent les liens communautaires détruits par la guerre et le déplacement.(35)

Dans le nord de l'Ouganda, des dirigeants anglicans, catholiques, musulmans et orthodoxes ont formé l'Initiative pour la paix des dirigeants religieux d'Acholi afin de faciliter la réconciliation par la voie de la compréhension et du respect de la culture d'autrui. Il en est également résulté des avantages non escomptés : « Dans le passé, il était difficile de réunir un pasteur anglican comme moi et une sœur de l'Église catholique. … Mais à présent, les dirigeants religieux locaux œuvrent de concert et c'est, en soi, un très grand progrès. »(33)

Les partenariats sont importants pour apporter un soutien psychosocial essentiel aux victimes de violences sexuelles. Les interventions exigent une coopération avec les fournisseurs de soins, la police et les législateurs, de manière à ce que les victimes reçoivent les soins auxquels elles ont droit. En outre, elles exigent également des alliances avec les partisans de réformes juridiques qui visent à de meilleurs services de police et à l'imposition de strictes sanctions aux auteurs des faits. Il convient également de tenir compte des relations de genre et de veiller, par exemple, à ce qu'il soit fait aux femmes une place appropriée et influente dans la conception de l'aide humanitaire, le maintien de la paix et la consolidation de la paix.

Young Guatemalan girl at the end of a brief civil war. Jeune fille guatémaltèque à la fin d'une brève guerre civile.
© Leonard Mccombe//Getty Images

Étant donné la profondeur de l'opposition à l'exercice du leadership par les femmes, ceci peut constituer un redoutable défi. L'expérience de multiples organisations de femmes et de dirigeantes actives dans ces environnements difficiles montre que les accords de paix et la reconstruction, la gouvernance et la sécurité après les conflits sont plus efficaces lorsque les femmes y contribuent; mais il est toujours rare que les femmes soient associées à ces processus.(36)

Les femmes sont des partenaires indispensables dont dépend l'efficacité de tout programme, non seulement en tant que dirigeantes, mais également par l'aide mutuelle qu'elles s'apportent de diverses manières, souvent comme ne peuvent le faire des acteurs extérieurs. Dans les camps de personnes déplacées du Sud Darfour, par exemple, l'UNFPA appui des centres qui sont des « zones sûres » où les femmes se réunissent et partagent leurs connaissances et leurs expériences concernant les questions de santé et de violence.

"Les femmes viennent ici parler de leurs problèmes, dit Awatif. Quand vous êtes seule, votre problème est un problème individuel. Quand vous en parlez à un grand nombre de femmes, les problèmes deviennent des problèmes collectifs".(37)

D. Rétablissement culturel et rétablissement identitaire
Les organisations de développement ont constaté que la possibilité d'exprimer son identité culturelle peut aider les gens à se remettre des traumatismes de la guerre : « Il peut être vital de permettre aux personnes déplacées de conserver tout ce qui reste de leur personnalité distincte, pour leur avenir, pour leur santé, pour leur cohésion en tant que communauté, et pour maintenir ou rétablir leur dignité après le traumatisme de l'exil (38). "Les praticiens expliquent qu'en sus des mesures qui encouragent les gens à exprimer leur culture, l'efficacité des services s'accroît lorsque l'on s'appuie sur les expressions culturelles que les gens connaissent et comprennent.

C'est ainsi que le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a eu recours aux arts graphiques, au théâtre, à la musique et à la danse pour aider les enfants déplacés à retrouver une existence normale dans des lieux aussi divers que le Kosovo, la Colombie, Sri Lanka, l'Algérie, la Croatie et le Rwanda (39). La stratégie la plus efficace, pour aider les Soudanaises réfugiées, consiste à renforcer les communautés et à établir des réseaux sociaux et culturels.

Les interventions psychosociales à fondement culturel qui améliorent les réseaux sociaux et offrent aux femmes des possibilités économiques accrues contribuent l'établissement du sentiment de calme et de stabilité qui est nécessaire pour que nous puissions véritablement traiter les effets des horreurs vécues durant le conflit et aider les femmes et leurs communautés à s'acheminer vers un avenir pacifique et paisible.(34)

En Afghanistan, les praticiens conseillent d'éviter les diagnostics et les traitements occidentaux pour remédier aux traumatismes subis par les femmes du fait des conflits. Ils notent au contraire que la maîtrise de la culture, à savoir la connaissance du langage de la culture, est importante pour comprendre ce que les femmes ont subi et ce dont elles ont besoin pour s'en remettre.(40)

{31} LE 4 AVRIL 2008, KINSHASA (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO)
À la mi-mars, des centaines de Congolais, femmes, hommes et filles, ont manifesté en brandissant des bannières où l'on lisait ces mots : « Ensemble, disons non au silence coupable, pour la dignité des Congolais » et « Assez de violences sexuelles ! ». Femmes, hommes et filles au visage déterminé ont défilé sous ces bannières qu'ils portaient bien haut. Ils étaient plus de 1 000, Congolais, officiels et civils, dirigeants des Nations Unies, représentants d'ONG et de groupes de la société civile, qui s'étaient rassemblés à Kinkole, faubourg de Kinshasa, pour lancer une campagne nationale de sensibilisation visant à mettre fin à l'épidémie de violence sexuelle. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), on compte en moyenne 1 100 cas de viol déclarés tous les mois. « La violence sexuelle est une peste en RDC, a dit Margaret Agama, représentante de l'UNFPA dans le pays. Initialement, le viol a été utilisé comme arme de guerre par toutes les forces belligérantes impliquées dans les récents conflits qu'a connu le pays, mais à présent, les violences sexuelles sont perpétrées non seulement par des factions armées mais également par des gens ordinaires en position d'autorité, voisins, amis et membres de la famille. » En janvier, un accord de paix avait mis officiellement fin aux conflits qui faisaient rage dans le pays depuis une décennie. La campagne organisée conjointement par l'UNFPA et le ministère du genre, de la famille et de l'enfant se situait donc à un moment important, alors que les communautés s'employaient à reconstruire l'infrastructure et à assurer la réinsertion de plus d'un million de personnes déplacées par les conflits. La campagne a accru la sensibilisation à la violence sexuelle au sein de la communauté nationale et internationale et a uni les autorités, les voisins, les survivantes, les amis et les membres des familles en vue de son élimination. ... La nécessité de mettre un terme à l'impunité est l'un des principaux messages de la campagne qu'a menée l'UNFPA et ce message est également devenu un point important à l'ordre du jour des dirigeants du pays. En février, la ministre congolaise du genre, de la famille et de l'enfant, Philomène Omatuku, a déclaré au public : « Je dirais que désormais, nous, les femmes de la RDC, disions non à la violence sexuelle, non à l'impunité. Les Congolaises veulent la paix. » La campagne intensive menée sur de multiples fronts visant à informer et à sensibilise les acteurs clés à tous les niveaux a eu lieu dans les 11 provinces du pays pendant un mois. Elle a fait appel à une large gamme de moyens de communication, organisations médiatiques, théâtre, lignes téléphoniques ouvertes, films, forums et débats télévisés, pour atteindre toutes les parties prenantes, y inclus le gouvernement et la communauté diplomatique. La campagne s'est également appuyée sur l'autorité morale de dirigeants communautaires reconnus pour influer sur l'opinion publique.
Source: http://www.unfpa.org /news/news.cfm?ID=1113, consulté en juin 2008

Dans la province d'Aceh, en Indonésie, les femmes déplacées ont besoin d'appuis qui intègrent leur foi musulmane et qui tiennent compte des approches culturelles du deuil. Les femmes d'Aceh croient qu'un deuil prolongé a pour effet d'empêcher l'âme des disparus de parvenir jusqu'à Dieu; elles souhaitent donc une aide pratique, sous forme d'éducation et de formation, par exemple, axée sur leur avenir, et pas de longues considérations sur les traumatismes et

L'action interculturelle au sein des organisations de développement
La sensibilité culturelle et la prise en compte de la culture sont aussi importantes dans les organisations de développement elles-mêmes que dans les environnements nationaux et locaux où elles agissent. Les perceptions culturelles des membres du personnel peuvent influer sur leur approche de leur travail. Les approches sensibles à la culture exigent que l'on fasse attention aux modalités selon lesquelles les interventions visant à la prévention des conflits, à l'aide humanitaire, au maintien de la paix et à la consolidation de paix influent sur les relations de genre et la culture.

Nous avons appliqués ces leçons pour renforcer les relations de travail avec les communautés et les dirigeants sociaux, politique, culturels et religieux locaux, engager le dialogue avec eux, les écouter, partager les connaissances et les idées, planifier conjointement la route à suivre et nous mettre en marche. L'UNFPA s'est engagé sur la voie d'une intégration systématique des facteurs culturels dans ses efforts de programmation aux fins de réaliser de plus grands progrès et d'affirmer les droits fondamentaux.
—Thoraya Ahmed Obaid, Directrice exécutive, UNFPA

L'UNFPA, par exemple, s'emploie à développer une culture organisationnelle prête à réagir aux atteintes aux droits fondamentaux et à promouvoir l'égalité des sexes dans les situations de conflit. Dans ses travaux, le Fonds a constaté que les interventions les plus efficaces émergent du dialogue, de l'établissement de partenariats stratégiques avec des parties attachées au changement, et de la prise en compte des initiatives locales en tant que fondement des interventions.

Généralement, les travailleurs du développement savent parfaitement ce qui, dans leur propre société, est faisable à différents moments; ils savent quels sont les processus requis pour instaurer le changement et quels outils et méthodes ont le plus de chances de réussir. Mais les partenariats stratégiques exigent un engagement solide et du temps. Ils s'établissent de manière optimale lorsque tous les partenaires conviennent que les gens n'ont pas les mêmes façons de penser et que leurs opinions méritent d'être prises reconnues et respectées.

De plus en plus, les organismes de développement trouvent et emploient les symboles et les formes de communication les plus efficaces pour faire passer les messages dans les différentes cultures. Plutôt que d'émettre des messages sur le changement comportemental conçus par eux, les organismes établissent des relations avec les communautés au moyen de diverses formes de communication culturelle tels que le chant, la danse et le théâtre, pour ouvrir le dialogue et associer les gens à l'élaboration de stratégies visant à lutter contre les violations des droits et à promouvoir l'égalité des sexes selon des modalités adaptées à leur contexte culturel.

{32} PROGRAMME DE LEADERSHIP DES HOMMES
"Je m'appelle Kayembe Tshibangu; je suis chef de la communauté de Mushumune, commune de Bagira, ville de Bukavu. Je suis père de cinq enfants. J'étais un homme normal, vivant de façon normale avec ma famille. Je me comportais comme tous les hommes de la société. Ma femme était mon esclave; elle n'avait aucun droit et me devait un respect absolu. Elle était toujours à la maison et ne pouvait pas sortir pour rencontrer d'autres femmes. Elle m'appartenait, parce qu'à notre mariage, j'avais payé une dot qui me donnait le pouvoir illimité de la traiter comme je le voulais. Elle était à ma disposition pour avoir des rapports sexuels, où et quand je le voulais. Tout refus de sa part était puni. J'étais un tyran chez moi. Quand je rentrais à la maison, tout le monde, y compris les enfants, se sauvait parce que « le lion » était arrivé. C'était la dictature complète et absolue. Et cela, parce que je ne connaissais pas d'autre façon de vivre. "Après le 18 août 2005, jour de la rencontre du Programme de leadership des hommes de Women for Women International, les choses ont changé du tout au tout. J'ai été converti et j'ai commencé une vie nouvelle. Même mes enfants et ma famille me demandaient ce qui m'était arrivé. Ils n'en croyaient pas leurs yeux. C'était trop beau pour être vrai ! Ils pensaient qu'ils rêvaient et qu'ils allaient se réveiller d'un moment à l'autre. Non, je ne reviendrais jamais à ce que j'étais dans le temps. Les membres de ma famille et moi sommes maintenant des amis, des camarades. Nous bavardons et nous rions ensemble, et la paix règne à la maison. Plus de larmes, plus de chagrins. Ma femme est devenue mon amie. Je l'écoute à présent et j'écoute ses conseils. Comme un vrai converti, je souhaite que mes autres amis apprennent ce que j'ai appris. Et je vais donc de maison en maison, avec ma femme et mes enfants, pour dialoguer avec les autres ménages. Ils sont étonnés, ahuris de nous voir et ils veulent savoir ce qui a produit ce changement, cette nouvelle image. Invariablement, ils sont aussi touchés et le processus de changement se propage indéfiniment. Certaines personnes n'acceptent pas ce message de changement à la première rencontre. Alors comme stratégie de suivi, nous nous divisons : le mari parle au mari, la femme à la femme et les enfants aux enfants. Nous adoptons une approche individuelle, de personne à personne. Il y a une interaction constante au niveau du ménage. À ce jour, nous avons touché la vie de 58 familles, mais le travail se poursuit en inlassablement."
Source: Women for Women International. 2007. « Ending Violence Against Women in Eastern Congo: Preparing Men to Advocate for Women's Rights », p. 22. Washington, D.C. : Women for Women International. http://www.womenforwomen.org/ news-women-for-women/files/MensLeadershipFullReport_002.pdf

{25} LE VIOL EN TANT QU'ARME DE GUERRE

"[Les femmes qui ont été] violées pendant la guerre le disent à leurs proches amies. On entend rarement parler des femmes qui décident de s'exprimer publiquement sur ces choses qui leur sont arrivées. Elles préfèrent souffrir en silence jusqu'à ce qu'elles soient capables de s'en remettre. Elles essaient de vivre avec cette réalité ou avec l'idée qu'elles ne sont pas les seules à qui c'est arrivé. Si des centaines d'autres femmes vivent avec cela, vous pouvez en faire autant et, peu à peu, le souvenir s'estompe … mais la plupart des viols ont été commis ouvertement. Un rebelle peut être attiré par votre fille et là, devant vous, la mère, le père, les frères et sœurs, il le fait ouvertement. Et c'est comme cela que beaucoup de filles ont su que leurs amies s'étaient fait violer".."

Source: Bennett, O., Bexley, J. and Warnock, K. 1996. Arms to Fight, Arms to Protect: Women Speak Out About Conflict, p. 39. Londres: Panos Publications.


Previous Page {Pauvreté, inégalité et population} . Next Page {Quelques conclusions}